Camtel en rupture de cartes SIM : la puce Blue se revend dix fois son prix dans la rue
D'après EcoMatin (20 octobre 2026), Camtel n'a plus de cartes de module d'identification de l'abonné (SIM) à vendre. Sur le trottoir, la puce Blue se vend 5 000 francs de la Coopération financière en Afrique centrale (FCFA), alors que son prix officiel est de 500 FCFA. L'opérateur public était déjà loin derrière ses concurrents : selon les estimations d'APNIC Labs, laboratoire du registre internet régional de l'Asie-Pacifique (APNIC), son réseau ne touche que 8,56 % des internautes camerounais au 18 octobre 2026.
À force d'entendre « c'est fini » au comptoir, certains articles finissent par sembler introuvables. Depuis plusieurs semaines, c'est le cas de la carte SIM de Camtel. Dans un article publié le 20 octobre 2026, EcoMatin raconte la scène vécue par un client venu au siège de l'opérateur public, à Yaoundé, pour acheter une puce et le forfait Blue. On lui a répondu que le stock était épuisé, sans lui donner de date de retour.
Le journal a pu consulter une note interne datée du 24 août, qui signale une « totale rupture de stocks ». Faute de cartes neuves, Camtel remet en circulation des numéros restés longtemps inactifs. Le service concerné demande 500 000 puces pour tenir jusqu'à la fin de l'année. Côté achats, un premier appel d'offres a été déclaré infructueux en juin. Le second porte sur 854 225 cartes et sa date limite a été repoussée au 3 novembre.
Une puce à 500 FCFA, revendue 5 000 FCFA
Pour les clients, le marché parallèle a pris le relais. Sur son site, Blue affiche la carte à 500 FCFA. Près d'un centre commercial de Yaoundé, des vendeurs ambulants la proposent à 5 000 FCFA, soit dix fois plus, selon EcoMatin. Le paiement se fait en espèces, sur présentation d'une pièce d'identité. À ce prix, la petite puce devient presque un objet précieux, qu'on range avec plus de soin que ses clés de maison.
Un réseau utilisé par environ 1 internaute sur 12
La pénurie frappe un acteur déjà minoritaire. L'APNIC estime, par l'intermédiaire de son laboratoire APNIC Labs, que 8,56 % des internautes camerounais passent par le réseau Camtel. Il s'agit d'une moyenne sur 60 jours, arrêtée au 18 octobre 2026. Les parts sont de 55,92 % pour Orange et de 48,82 % pour MTN. Pour Camtel, cela fait environ 1 internaute sur 12. Ces parts sont mesurées à partir de publicités en ligne. Ce ne sont donc pas des nombres d'abonnés, et leur total dépasse 100 %, car un même internaute peut utiliser plusieurs réseaux.
Le graphique ci-dessous compare les trois réseaux.
Sur plusieurs années, la courbe de Camtel monte puis redescend. L'opérateur a atteint son maximum, 16,41 %, fin 2023, avant de tomber à 8,1 % fin 2025. Le chiffre actuel marque un léger mieux, avec une hausse de 5,7 % sur un an, mais il reste loin du sommet de 2023. Sans puces à vendre, il sera plus difficile de recruter de nouveaux clients et donc de prolonger cette remontée.
Voici l'évolution de la part de Camtel depuis 2021.
Côté abonnements, l'Observatoire 2024 de l'Agence de régulation des télécommunications (ART) compte 2,1 millions d'abonnements mobiles chez Camtel en 2024, contre 15,5 millions chez Orange. En s'appuyant sur le même Observatoire, EcoMatin retient 1,23 million d'abonnements actifs pour Camtel. Rappelons qu'un abonnement n'est pas une personne : un même client peut avoir plusieurs puces.
Un marché qui continue de grandir
La rupture tombe mal, car le marché, lui, continue d'avancer. L'ART recensait 31,3 millions d'abonnements mobiles en 2024, soit 15,2 % de plus en un an. En moyenne, cela représente environ 11 300 lignes supplémentaires par jour, une fois les résiliations déduites. De son côté, DataReportal estime le nombre de connexions mobiles à 29 millions fin 2025.
Depuis que vous avez ouvert cet article, le parc mobile camerounais a gagné environ … lignes, au rythme moyen de 2024.
Le Centre et le Littoral concentrent les connexions
KmerStats a réalisé une estimation à partir de trois éléments : le total national de DataReportal, la population de 15 ans et plus de chaque région en 2025 (projections du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, OCHA) et le taux de possession d'un téléphone portable relevé par l'Enquête démographique et de santé (EDS) de 2018. Selon ce calcul, le Centre, où se trouve le siège de Camtel, compterait environ 6,6 millions de connexions mobiles, et le Littoral environ 6,2 millions. Le Sud arriverait en dernière position avec environ 0,9 million. Ces chiffres sont des ordres de grandeur, pas des mesures.
Le 3 novembre, l'ouverture des offres montrera si les puces peuvent revenir en boutique avant les fêtes. En attendant, ceux qui ont une puce Blue oubliée au fond d'un tiroir feraient bien de la recharger de temps en temps : un numéro qui dort trop longtemps pourrait se réveiller dans la poche de quelqu'un d'autre.