Cybersécurité : Kaspersky a détecté 19,4 millions de menaces au Cameroun en 2024, mais pas 19,4 millions de victimes
En 2024, les outils de l'éditeur de logiciels de sécurité Kaspersky ont détecté environ 19,4 millions de cybermenaces sur les appareils de leurs clients au Cameroun. C'est 1,8 % de moins qu'en 2023, où l'on en comptait 19,8 millions. Les menaces en ligne, elles, ont augmenté de 29,9 % sur un an, à 7,42 millions.
À l'entrée de l'immeuble, le vigile tient un cahier. Il y note chaque visiteur suspect qu'il a refoulé : le faux livreur, le prétendu cousin du locataire du troisième, l'inconnu qui « cherche juste quelqu'un ». En fin d'année, le cahier est bien rempli. Personne n'en conclut pourtant que l'immeuble a été cambriolé autant de fois. Les chiffres de cybersécurité publiés par Kaspersky se lisent de la même manière.
Selon Kaspersky, dont les chiffres ont été présentés au KNext Douala et rapportés par EcoMatin le 14 février 2025, ses solutions ont détecté 19,41 millions de cybermenaces au Cameroun en 2024. Il y en avait 19,76 millions en 2023. Cela fait 350 000 détections de moins, soit une baisse de 1,8 % sur un an. Le volume reste donc élevé et presque stable.
Le graphique ci-dessous compare les deux dernières années publiées par l'éditeur.
Rapporté à l'année, cela représente environ 53 000 détections par jour, soit à peu près une toutes les deux secondes.
Depuis que vous avez ouvert cet article, les outils de Kaspersky ont détecté, au rythme de 2024, environ … cybermenaces au Cameroun.
Une détection n'est pas une victime
Comme le cahier du vigile, ce chiffre compte des tentatives repérées, pas des personnes piégées. Une détection, c'est un fichier suspect, un lien piégé ou un téléchargement malveillant que le logiciel a signalé ou bloqué. Un même appareil peut en déclencher plusieurs dans l'année. Le chiffre ne couvre par ailleurs que les appareils protégés par Kaspersky. Il ne donne donc ni le nombre total d'attaques dans le pays, ni le nombre de Camerounais réellement touchés. En revanche, il indique bien l'ampleur de la pression qui pèse sur les écrans du pays.
Les menaces en ligne progressent nettement
Le total est stable, mais sa composition a changé. D'après Kaspersky, les menaces en ligne (sites piégés, téléchargements malveillants) sont passées de 5,71 millions en 2023 à 7,42 millions en 2024. Cela fait 1,71 million de plus, soit une hausse de 29,9 % sur un an. C'est le niveau le plus élevé des deux années publiées.
Le graphique suivant montre ce bond des menaces rencontrées en navigant sur Internet.
Côté hébergement, le fichier public d'URLhaus, un projet d'abuse.ch qui recense les adresses web malveillantes, ne compte que 4 adresses hébergées au Cameroun encore actives au 27 octobre 2026. Ce chiffre modeste ne mesure toutefois que les signalements reçus par URLhaus, rattachés au Cameroun d'après la localisation du serveur. Il ne dit rien des sites piégés hébergés à l'étranger, que les internautes camerounais peuvent consulter tout aussi facilement.
Le sujet dépasse les frontières. Le 22 octobre 2026, l'Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) a annoncé une vaste opération contre la cybercriminalité en Afrique. Elle s'est traduite par de nombreuses arrestations et la récupération de fonds détournés.
Les gestes de base
La plupart des menaces passent par des portes que l'on peut fermer soi-même. Il faut d'abord installer les mises à jour du téléphone et de l'ordinateur dès qu'elles arrivent, car elles corrigent des failles connues. Mieux vaut ensuite télécharger ses applications uniquement dans les boutiques officielles. Avant de cliquer sur un lien reçu par message, surtout s'il promet un gain ou annonce une urgence, il est prudent de bien le regarder. Chaque compte devrait avoir son propre mot de passe, avec la double authentification activée quand elle est proposée. Il ne faut jamais communiquer un code reçu par service de messages courts (SMS). Enfin, sauvegarder régulièrement ses fichiers importants permet de ne pas tout perdre en cas de problème.
Les prochains chiffres de Kaspersky diront si la poussée des menaces en ligne se confirme. D'ici là, il faut se souvenir d'une chose : le meilleur vigile du monde ne peut rien si l'on ouvre soi-même la porte au visiteur qui annonce qu'on a gagné un gros lot.