Enfants et Internet : 10 944 signalements d'images d'abus liés au Cameroun en 2024, un chiffre à lire avec prudence
En 2024, le Centre national américain pour les enfants disparus et exploités (National Center for Missing & Exploited Children, NCMEC) a reçu 10 944 signalements d'images ou de vidéos d'abus sexuels d'enfants mises en ligne depuis le Cameroun, contre 13 440 en 2023. Ce recul de 18,6 % sur un an s'explique surtout par un changement de méthode. Surtout, ce chiffre ne compte pas des enfants victimes.
Dans beaucoup de foyers, c'est l'enfant qui installe les applications sur le téléphone de papa et qui montre une fois de plus où se trouve le bouton « Paramètres ». Ce petit renversement des rôles fait sourire. Il rappelle aussi que les plus jeunes passent une bonne partie de leur vie en ligne et que les adultes ont besoin de repères fiables pour les accompagner. Dans ce débat, un chiffre revient souvent : celui des signalements du NCMEC. Encore faut-il savoir ce qu'il mesure.
Ce que compte la CyberTipline
Le NCMEC est un organisme américain. Il gère la CyberTipline, un guichet de signalement qui reçoit des alertes sur les contenus d'abus sexuels d'enfants, désignés en anglais par le sigle CSAM (child sexual abuse material). La plupart de ces alertes viennent des grandes plateformes, souvent américaines, qui repèrent ces contenus sur leurs services. Chaque signalement est ensuite rattaché à un pays selon le lieu où le contenu a été mis en ligne.
Pour le Cameroun, le rapport 2024 du NCMEC en compte 10 944. Ce total se répartit entre 9 776 signalements classés « referrals » et 1 168 classés « informational », c'est-à-dire transmis à titre d'information.
Ce que ce chiffre n'est pas
Ce chiffre ne donne pas le nombre d'enfants victimes au Cameroun. Il ne mesure pas non plus l'ampleur réelle des abus. Le NCMEC l'écrit lui-même dans chaque rapport : « ces nombres ne reflètent pas le niveau d'abus sexuels d'enfants dans un pays donné ». Il s'agit d'un volume de signalements techniques. Ce volume dépend de l'emplacement des serveurs, de l'usage de réseaux privés virtuels (VPN) ou de proxys qui brouillent la localisation, et des règles de détection propres à chaque plateforme.
Aucune enquête nationale camerounaise ne mesure aujourd'hui le nombre réel d'enfants touchés. Faute de mieux, ces signalements donnent donc une indication sur l'activité de détection, pas un portrait de la situation des enfants.
Six ans de signalements
Le NCMEC a reçu 5 906 signalements liés au Cameroun en 2019. Le total est passé à 7 108 en 2020, 8 325 en 2021 et 9 931 en 2022, puis a atteint un pic de 13 440 en 2023. Entre 2019 et 2024, il a progressé de 85,3 %, soit une multiplication par 1,85. Le graphique ci-dessous retrace cette évolution.
Le recul de 2024 ne signifie pas que la situation s'est améliorée. Cette année-là, le NCMEC a changé sa façon de regrouper les signalements. Résultat : son total mondial est passé de 36,2 millions à 21,2 millions. Les chiffres de 2024 ne se comparent donc pas directement à ceux des années précédentes.
Une estimation pour 2026, à prendre avec précaution
Le NCMEC n'a pas encore publié de chiffre pour 2026. En prolongeant la tendance observée de 2019 à 2024, soit une croissance annuelle moyenne de 15,9 %, KmerStats estime qu'il y aurait environ 14 700 signalements en 2026. La fourchette probable va de 11 500 à 18 900. Cette estimation est incertaine, justement parce que la série mélange des années comptées avant et après le changement de méthode de 2024. Elle sera corrigée dès que le chiffre réel de 2026 sera publié.
Côté législation, le Cameroun dispose d'un texte dédié : la loi n 2023/009 instaurant la Charte camerounaise de protection des enfants en ligne.
Ce que les parents peuvent faire
Le premier réflexe reste le dialogue. Demander à l'enfant ce qu'il regarde et avec qui il échange, sans en faire un interrogatoire, permet qu'il vienne en parler lui-même le jour où quelque chose le met mal à l'aise. Il est utile ensuite de respecter l'âge minimum fixé par chaque application et d'activer les outils de contrôle parental du téléphone ou de la box.
Face à un contenu choquant, on ne le partage pas, même pour alerter. On le signale avec le bouton prévu par la plateforme et, si un enfant est en danger, on prévient les forces de l'ordre. Enfin, un enfant qui se confie n'a rien à se reprocher : le gronder ou lui confisquer le téléphone risque surtout de le pousser à ne plus rien dire.
Cette fois, c'est aux parents d'ouvrir les « Paramètres », puis de s'asseoir à côté de l'enfant pour les régler ensemble.